Sun Ra: aux sources du Jazz afro-futuriste

"nowplaying", by: - février 28

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Le succès du film Black Panther installe l’afro-futurisme dans la pensée mainstream. Tant mieux.

Une bonne raison de s’intéresser à l’un des précurseurs de ce courant de pensée: le jazzman SUN RA qui aurait eu 104 ans cette année (il est décédé en 1993).

Sun Ra était un artiste total, un anthropologue du futur capable aussi bien de redéfinir l’essence de la musique que de diffuser ses pensées et sa philosophie à travers des poèmes, des films (l’étrange et mythique Space Is The Place) et le stylisme.

Sun Ra voit le jour à Birmingham (Alabama), le 22 mai 1914.

Durant son enfance, il excelle en musique. Dès l’adolescence, on le dit capable de lire des partitions et de reproduire intégralement des concerts entendus la veille. Il est déjà compositeur et pianiste à mi-temps pour divers petits groupes officiels – une façon comme une autre de commencer à gagner sa vie. À l’époque, son nom n’est pas encore celui, si ésotérique et poétique, de Sun Ra: il est né Herman Blount, surnommé «Sonny».

Grand lecteur, il écume les bibliothèques; notamment celle de la loge maçonnique noire, qu’il fréquente assidument.

C’est en 1936, après avoir un temps mené un premier orchestre nommé The Sonny Blount Orchestra, qu’il rentre à l’université. Il n’y restera pas longtemps : une année et puis s’en va.

Avec son groupe The Arkestra, une sorte de refuge de musiciens affranchis, Sun Ra multipliera les projets et les identités (près de 180 LP et un peu plus de 1.000 compositions entre 1956 et 1992).
Il sera l’un des premiers à produire ses albums en toute indépendance (à travers le label Saturn), à considérer les musiciens de son orchestre comme des «tone-scientists» et à expérimenter continuellement le jazz, que ce soit en lui donnant une orientation plus free, plus expérimentale ou tout simplement en le mélangeant à d’autres univers, comme lorsqu’il introduit le thème de Batman en plein milieu de ses concerts.

Sun Ra et l’afrofuturisme

Théorisé par le critique Mark Dery en 1994 dans son essai “Black To The Future”, où il utilise pour la première fois le mot “afrofuturisme” pour décrire une «science-fiction et une cyberculture du XXe siècle au service d’une réappropriation imaginaire de l’expérience et de l’identité noire, l’Afrofuturisme puise ses racines dans la littérature des années 1950, la musique et les oeuvres d’artistes tels que Sun Ra, Jimi Hendrix ou encore Jean-Michel Basquiat et plus récemment, George Clinton et son alter ego androïde Janelle Monáe qui proposent des oeuvres sci-fi funk voyageant à travers le cosmos à la recherche de l’illumination spirituelle, libératrice de la violence et de l’oppression du peuple noir.

A la fin des années 50, alors que la course à l’espace s’accélère après le lancement du satellite soviétique Spoutnik (1957), Sun Ra y accole sa fascination pour l’astronomie.
Son groupe L’Arkestra devient dès lors «une arche emmenant une partie de l’humanité vers une Terre renouvelée, afin de redémarrer l’histoire». Sun Ra et ses musiciens jouent dès lors pour accompagner ceux qui y sont prêts vers un ailleurs spatial où la domination blanche n’aura plus lieu d’être.

C’était déjà le thème d’«A travers les airs», l’une des Chroniques martiennes de Ray Bradbury (1950), qui narrait la fuite des Noirs du Sud américain vers Mars.

En 2015, le célèbre DJ-Producteur Gilles Peterson, grand admirateur de l’œuvre de Sun Ra, compile le meilleur de Sun Ra sur le label Strut Records.

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